A la question "Faut-il gâter ses enfants?", la réponse semble évidente NON!   
Du simple fait du sens du mot gâter.
Gâter est en effet synonyme d'abîmer, de compromettre, de ruiner les potentialités...
Alors évidemment lorsque nous, parents, lançons à nos enfants,  un sourire barrant notre visage : "Tu as vu combien tu es gâté...ou remercie untel qui t'a tant gâté", nous nageons en plein non-sens.
Pourtant nous gâtons nos enfants avec délectation...
Lorsque j'ai vidé la chambre de mon fils ainé pour déménager aux Etats-Unis, je me suis aperçue combien, du haut de ses 4 ans, il possédait un nombre d'objets inconsidérable. L'ampleur du désastre était proportionnelle à la taille de ses appartements, qui à l'époque représentaient pour lui un terrain de football. Je n'avais pas commis tous ces présents, certes, mais n'ayant aucun respect pour qui se dédouane sur autrui, je reconnais avoir pris grand plaisir à lui acheter nombre de ses jouets - étonnant cette passion soudaine à trente ans passés pour les jouets, sont-ce les séquelles d'une frustration infantile, ou une reconnexion avec notre âme d'enfant. Quoi qu'il en soit, je l'ai gâté sans y penser. Mais quelle ignorance....J'ai créé un monstre!

Aujourd'hui mon fils détruit ses jouets pour en fabriquer de nouveaux, "mais tu es sûr là, cette voiture à 60 euros qui fonctionne parfaitement tu vas la démonter pour fabriquer une fusée....".

Je m'interroge sur les conséquences de ce "gâtage" générationnel - qui n'a rien à voir avec le milieu social - certains chercheurs estiment que cela peut considérablement nuire à l'enfant, le plongeant dans une sorte de stress de trop-plein. J'avais à ce propos lu une interview de Mélissa Theuriau, qui disait qu'elle organisait un roulement dans la chambre de son fils, ne mettant à disposition qu'un nombre limité de jouets, afin qu'il en profite réellement. Il est indéniable que quand il y a trop, que ce n'est pas bien organisé, que chaque chose n'est pas à sa place, c'est angoissant et finalement, les enfants ne jouent plus avec rien. Néanmoins, comme j'ai un état d'esprit plutôt résilient, je me dis aussi, que cette source intarissable de jouets pousse nos enfants à développer d'autres ressources.

Par exemple, mon inventeur de fils, n'est absolument pas matérialiste. Il ne respecte pas ses jouets certes, mais n'a aucune dépendance au matériel, ni attrait pour la possession, puisque c'est dans sa tête que cela se passe. Cela aurait-il été le cas s'il n'avait eu qu'une poignée de jouets, les aurait-il chéri au point de ne pouvoir s'en séparer ? D'un autre côté quand je constate que son arrière-grand-père a encore ses trains électriques d'enfance en parfait état de marche, et que c'est un bonheur de voir ces belles pièces anciennes qui ravissent les enfants et forcent le respect, je me dis que l'on marche sur la tête. 

On pourrait à ce rythme dans une quinzaine d'années voir des cures de désintox pour ados accro à la sur-consommation. Alors peut-être que c'est LE sujet sur lequel s'alerter, apprendre à ne pas gaspiller. Ne pas gaspiller son énergie, ne pas gaspiller le fruit de son labeur, ne pas gaspiller la potentialité d'autres êtres sur notre notre planète, par exemple cessons de gaspiller la jeunesse d'enfants qui ont moins de chance que les nôtres et travaillent 7/7 pour fabriquer les saloperies qui garnissent les sachets cadeaux des anniversaires.  Et lorsque nous achetons, achetons en conscience, pour qu'à 85 ans, nos enfants, comme mon grand-père, puissent partager un merveilleux moment avec leurs arrière-petits-enfants autour des jouets de leur enfance. Si vous êtes en quête d'objets durables je vous recommande le site de Tara Button, une boutique en ligne ne référençant que les produits garantis à vie, et il y a une rubrique jouets ! D'ailleurs cela m'inspire une autre idée de start-up, une plateforme collaborative de partage de jouets, un roulement trimestriel, vous échangez avec une autre famille du quartier votre pack de jouets, en fonction de la catégorie d'âge...Avis aux entrepreneurs!
Enfin si vous êtes du genre radical, je vous suggère l'expérience de cette américaine : Ruth, a supprimé tous les jouets de la chambre de ses enfants, et désormais les anniversaires se font sans cadeaux, elle explique dans sans blog en anglais, comment passer à l'acte.