Apprenons à décrypter les maux de nos enfants.

Chaque enfant a ses faiblesses, certains font des otites à répétition, quand d'autres sont des professionnels de la poussée de fièvre inexpliquée, de la toux qui dure des semaines. Alors oui, évidemment, ils ont pris froid, vivent dans la pollution, mais cela ne suffit pas à expliquer leurs petits maux du quotidien. Il est intéressant d'aller chercher ce qui se cache derrière ces maladies, car à travers leurs maux, nos enfants nous en disent long sur ce qui se passe en eux, et qu'ils ne savent pas toujours mettre en mots.
Il me semble également judicieux de sensibiliser nos enfants à cette notion : "Tu es malade parce que dans ton corps ton énergie ne circule pas correctement, il y a des déséquilibres, et la maladie vient te parler de ces déséquilibres, et elle va aussi peut-être t'aider à réquillibrer ce qui ne fonctionne pas, et qui te fait souffrir dans ton coeur". Apprendre à être à l'écoute de leur corps, n'est-il pas l'un des enseignements importants que nous devrions transmettre à nos enfants. En prenant le temps de chercher avec eux les raisons de leur mal-être, nous tissons des liens toujours plus profonds et solides, même s'il est parfois hasardeux de faire des "diagnostics", nous les accompagnons ainsi mieux à travers leur malaise physique.

Ainsi, j'ai demandé à Michel Odoul, dont les ouvrages, font partie de ma bibliothèque depuis fort longtemps, de nous livrer quelques clefs sur la symbolique des maux. Le fondateur de l'institut français de Shiatsu, spécialiste des techniques énergétiques chinoises, a en effet écrit plusieurs ouvrages qui font référence dans l'univers de la médecine non conventionnelle, notamment "Dis-moi où tu as mal, je te dirai pourquoi". 

Au fil de votre pratique vous avez établi des liens entre les maux du corps et les tourments de l'être. Est-il possible de comprendre ce qui se joue chez les enfants en décryptant leurs symptômes?

Il en est des enfants comme des adultes. Nous avons tendance à croire que, parce qu’il n’a pas un conscient élaboré comme un adulte, un enfant n’a pas de vie psychique riche et complexe. Il n’en est rien. Dès la période intra-utérine, le fœtus enregistre les informations et les organise en lui. Lors de la petite enfance il continue ce travail d’appropriation du monde et développe la conscience qu’il en a et celle qu’il a de lui-même. Par conséquent son labeur psychique est intense et de la même façon qu’il construit son immunité physique, au fur et à mesure de ses rencontres avec les éléments extérieurs pathogènes, l’enfant construit également son immunité psychique à travers ses rencontres et ses vécus. Il construit ses affects. Et dans les deux cas, c’est parfois inconfortable. Alors c’est vrai que comprendre ce qui se joue alors peut aider les parents à accompagner l’enfant dans sa « crise de croissance ».

Pourriez-vous nous donner une brève cartographie du corps, vous faîtes notamment une distinction entre la droite et la gauche ?

Il est difficile de donner une « simple cartographie » du corps. Cela est obligatoirement très réducteur voire même trivial. L’idée fondamentale est que l’on peut constituer des liens à travers un principe basique qui est : « fonction organique = fonction psychique, fonction mécanique = fonction psychique ». De ce principe découle une organisation symbolique du corps qui peut être résumée comme suit :

-  les jambes qui servent à se déplacer dans l’espace sont de facto des vecteurs symboliques de notre relation au monde et aux autres.
-  les bras qui servent à faire et à agir, sont les vecteurs symboliques de l’action.
-  les différents systèmes organiques sont les vecteurs symboliques de la fonction qu’ils ont en charge dans le corps :
        - le système digestif qui nous permet de digérer et assimiler les aliments (matière) pour nous en nourrir, nous parle de notre capacité à gérer, maitriser et assimiler les éléments matériels de notre vie (travail, informations et données matérielles et professionnelles, etc.)
        - le système circulatoire qui nous permet de faire circuler le sang dans tous notre corps et ainsi de le nourrir et de le réchauffer, symbolise notre capacité à laisser la vie circuler et s’exprimer librement en nous et à l’accueillir dans tous les pans de notre corps, avec la joie simple que cela implique
        - le système respiratoire qui gère notre peau et nos poumons nous protège des agressions thermiques et autres et nous permet de constituer notre territoire, ce qui nous différencie de « l’autre ». Il symbolise de facto notre capacité de protection vis-à-vis du monde extérieur, notre capacité à poser des limites, à définir un territoire.
         - le système osseux constitue notre charpente physique, ce sur quoi tout notre corps repose. Il symbolise notre charpente intérieure profonde, nos archétypes, nos croyances structurelles, la plupart du temps inconscientes.
         - le système génito-urinaire gère la filtration et l’élimination des toxines, le pH acide du corps et la capacité à donner la vie. Il symbolise notre rapport vie/mort par son rôle d’élimination de la mort en nous (les toxines) et son rôle de gestion de la fécondité (spermatogénèse, équilibre acido-basique de la muqueuse utérine).
         - le système musculaire est ce qui nous permet de mettre notre corps en mouvement. Il symbolise notre capacité à la mise en mouvement et à l’action, etc...

Pour ce qui concerne les latéralités du corps, celles-ci sont effectivement porteuses d’une symbolique spécifique. Le côté droit du corps est en lien avec la symbolique féminine (la mère, la femme en général, la protection, le devoir, la féminité, etc.) et le côté gauche du corps est en lien avec la symbolique masculine (le père, l’homme en général, l’autorité, la hiérarchie, la masculinité, etc.).

Vous avez découvert , que le moment était également important, encouragez-vous les parents à observer quand l'enfant a mal ? Que faut-il noter ? Les lieux, les circonstances, les heures?

La question du moment où la maladie ou l’accident nous arrivent est effectivement intéressante à prendre en compte. Les grands mythes des peuples sont tous architecturés autour de cycles et de notions de temps, comme d’ailleurs le renouvellement cellulaire dans un corps humain. Toutes les traditions du monde ont organisé la croissance de l’être en des étapes précises, séparées par des seuils de passage marqués par des rites importants. Et certains de ces cycles sont clairement universels comme 7 ans, 21 ans, 42 ans, 63 ans ou 12 ans, période clé marquante du passage de l’enfance à l’adolescence. Toute pathologie ou traumatisme se produisant à des dates précises ou selon une récurrence particulière, sont certainement à analyser à travers le filtre éclairant du sens archétypique qui peut leur être associé. L’exemple des 12 travaux d’Hercule est édifiant pour cela. Chaque « épreuve herculéenne » correspond effectivement à une phase clé de la construction de l’être et signe parfois la difficulté de sa résolution par une maladie ou un accident.

Vous estimez que faire taire le symptôme par la médecine moderne, en somme uniquement en prenant des médicaments, n'est pas une solution viable sur le long terme. Est-ce que les maux de l'enfance se retrouvent souvent chez vos patients à l'âge adulte?

Ce n’est pas parce qu’une pathologie peut être porteuse de sens que cela signifie qu’il ne faille pas la traiter. J’utilise souvent dans mes formations cette image d’une personne qui a une forte migraine. Pourquoi ne pas traiter cette migraine ? Ne pas le faire facilite-t-il la réflexion ? Non bien sûr, d’autant plus que pour réfléchir, il est mieux de ne pas avoir mal à la tête ! Il est donc évident qu’il est mieux de prendre ce qui convient pour calmer cette migraine. Mais le problème est lorsque l’on se contente de cela et que le traitement ne serve qu’à ne plus ressentir. Cela ne fait qu’anesthésier la conscience. Or quelque chose tentait de s’exprimer à travers cette migraine. Chaque pathologie de l’enfance est une crise de croissance, elle besoin d’être suivie et traitée comme il convient, mais a également besoin d’être compris par les parents car elle est également un signal fort de la part de l’enfant, qui, dans « l’épreuve », a besoin d’être compris et parfois accompagné.

Comment aider mon enfant quand il souffre, d'une rhino-pharyngite, d'une angine, d'une otite, d'une gastroentérite, d'asthme, d'eczéma?

La plupart des pathologies que vous évoquez sont des pathologies de constitution du système immunitaire chez l’enfant. Elles sont également parfois des pathologies d’évacuation mais dans tous les cas le signal « occupe-toi de moi » est présent, associé parfois à « de l’air » ou « laissez-moi tranquille, je suis contagieux ». Il faut être là et entendre le message. Il faut accompagner son enfant sur ce chemin « d’épreuve » et la plupart du temps, en dehors de la présence et de l’amour parental, la meilleure médecine est l’homéopathie. Cette médecine globale et naturelle a la force de traiter le corps et le psychisme et de stimuler les fonctions corporelles de l’enfant. Le médecin homéopathe saura, s’il le faut, faire appel à la médecine chimique, de façon appropriée à tout état de crise.

Pour plus d'informations sur la pratique de Michel Odoul

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