Méditez à 5 ans, vraiment?


La première fois que j’ai entendu parler de méditation pour les enfants, c’était il y a près de 4 ans,  aux Etats-Unis, dans une école de l’Iowa où les enfants dès l’âge de 4 ans étaient invités à méditer deux fois par jour, avant de débuter la classe, et en sortant à la fin de la journée. Il ne s’agissait pas d’une bande d’illuminés reclus dans les bois, même si reconnaissons le, certains étaient un peu « perchés ».
Les témoignages, que j’ai recueilli à l’époque auprès des familles, étaient unanimes, et non feints, j’ai passé un mois à leurs côtés,  j’ai ainsi pu jauger de leur bonne foi.
Selon elles, depuis qu’ils avaient commencé ces sessions de pleine conscience, leurs enfants avaient davantage d’énergie, de confiance en eux, ils semblaient plus centrés, plus opiniâtres. J’ai été notamment impressionnée par le témoignage de plusieurs adolescents, qui me confiait qu’avant de démarrer ces séances de recentrage, de retour de l’école ils se scotchaient devant la télévision ou les jeux vidéos, vidés de leur énergie et que depuis qu’ils avaient commencé ces exercices de pleine conscience, ils se sentaient davantage motivés, et avaient envie d’entreprendre, de faire des activités concrètes et impliquantes. L’un d’entre eux avait même crée sa petite entreprise, et en parlait avec fougue.

On peut penser ce que l’on veut de ce courant « méditation » omniprésent depuis quelques temps, néanmoins une chose est certaine, il est très difficile d’en parler sans avoir pratiqué.
Alors, pourquoi ne pas expérimenter en famille, ou offrir cette possibilité à nos enfants.
Tout d’abord, soyons clairs, méditer ne demande pas de qualité particulière, ce n’est pas compliqué. On progresse en méditation, comme dans tout, en pratiquant. Alors voici une petite respiration guidée pour commencer, parfaite pour aider les enfants à se recentrer, retrouver de l'attention ou faire face à une émotion. Au début l'enfant aura besoin de la voix, mais très vite il s'appropriera la méthode et saura le faire seul, quand il en a besoin.

 

 

Beaucoup d'études scientifiques se sont portées sur la méditation. Sans conteste il est observé que le cerveau des méditants de longue haleine fonctionne différemment de celui des non-méditants. L'une des conséquences notamment de cette mobilisation différente, s'illustre dans le rapport à la douleur. Un non méditant va anticiper la douleur, la redouter, et mettre son corps en alerte avant la douleur (dans le cas d'une piqûre par exemple), alors qu'un méditant confirmé ressentira la douleur juste au moment où elle se produira, et ne se crispera pas à l'idée de cette douleur.

De nombreuses écoles commencent à intégrer la pleine conscience à leur routine quotidienne, et en France les mindfull mums y sont pour quelque chose…Elle proposent des programmes de pleine conscience aux établissements scolaires à Aix, Paris,  Lyon, Marseille et en Belgique. Les mindful mums animent également des groupes privés.

Qui sont les mindful mums ?

Nous sommes quatre mères très impliquées dans l'éducation des enfants. Et nous venons d'horizons professionnels différents, ce qui renforce nos actions positives. Nous nous sommes rencontrées en 2012 pendant une formation à la pleine conscience avec Eline Snel. C'est elle qui nous a réunies. Elle a toute notre gratitude pour cette rencontre. 

Nous avons co-créé Happyattention en 2013 afin d'informer les parents, les enseignants sur les bienfaits de la pleine conscience dans l'éducation, que ce soit en famille ou dans les établissements scolaires. Plus que jamais, nous avons besoin d'outils de l'intelligence émotionnelle et relationnelle comme la pleine conscience et le yoga afin de transmettre à nos enfants des pratiques bienveillantes pour mieux vivre avec soi-même et les autres. Nous apprécions particulièrement le chercheur et psychiatre américain Daniel Siegel dont les livres sont très instructifs pour les parents et les enseignants : The whole brain child ou Brainstorm pour en citer deux. Depuis deux ans, nous proposons des ateliers pleine conscience dans les établissements scolaires pour les enfants, les ados. En France et en Belgique. Des formations pour les enseignants également car il est nécessaire qu'ils intègrent différents outils pour pouvoir les retransmettre aux enfants et les pratiquer ensemble dans les classes. 

Comment expliquer la pleine conscience aux enfants?

Il s'agit d'explorer avec eux les secrets de leur monde intérieur : respiration, ressenti intérieur, oui, comment on se sent dans son corps, notre maison avec qui on vit jour et nuit. Connaître ses émotions, les agréables et les inconfortables. Et observer ses pensées. C'est un monde incroyable ! Et les enfants sont des chercheurs formidables. On peut ainsi les amener pas à pas à changer des habitudes ou des comportements en devenant des experts de l'exploration intérieure. Des détectives bienveillants de leur personne. Super programme ! Souvent nous parlons de "Révolution consciente dans l'Education". Car nous cultivons ce changement. Plus de conscience, plus de bienveillance. Et ce changement est visible sur l'ensemble de la planète si on veut bien l'observer avec une loupe de chercheur bienveillant. 

Comment faire pour ammener les enfants à la pleine conscience?

Et si on leur parlait de faire connaissance avec eux-mêmes ? Déjà apprendre à explorer tout ce qu'ils font de bien et tout ce qu'ils vont pouvoir développer qui est là, en eux. S'ouvrir aux pouvoirs de leur être intérieur comme le raconte SHAMATA avec humour dans le livre "Heureux et Détendu" : apprendre aux enfants à développer leurs super pouvoirs. C'est un vrai programme créatif et récréatif. Les parents et les enseignants peuvent aussi développer leurs super pouvoirs. Il suffit d'un entraînement régulier. Super pouvoirs de l'attention, de l'écoute avec ce que la vie joue pour nous, d'accueil de ses émotions comme des invités qu'on n'attendait pas... tout cela avec humour. 

C'est ennuyeux, non?

Préparer un gâteau ou une salade de fruits en étant pleinement conscient et présent à tout ce que l'enfant expérimente en compagnie de ses parents est plutôt agréable : casser les oeufs, les battre, ajouter le sucre, couper les fruits tranquillement, observer les couleurs, sentir... la pleine conscience est un partage nourrissant. Etre présent ensemble à tout ce que l'on fait. A goûter ensemble. Elle se doit d'être créative pour nos enfants afin de ne pas les ennuyer. C'est à nous parents d'être des "role models" amusants ! Surtout ne pas se prendre au sérieux. 

A quel âge commencer.

Cela dépend des enfants. Certains sont réceptifs plus tôt que d'autres. Commencer avec des exercices ludiques de yoga lorsqu'un enfant a trois/quatre ans pour bien sentir son corps, explorer les mouvements de son corps et tout ce qu'il peut faire avec, sentir ses limites aussi. Jouer avec son corps en respirant. Et petit à petit, proposer des pratiques courtes pour apprendre à l'enfant à observer sa respiration.  A travers des histoires en lien avec ce que vivent les enfants. Inviter les enfants à vraiment écouter les histoires, en plongeant dans ce que raconte l'adulte à l'enfant. C'est à l'adulte de devenir un conteur pour ses enfants. Ou en classe. 

Que faut-il faire exactement ?

Etre surtout curieux de toutes ses sensations, de tout ce que vit l'enfant. Assis sur un coussin ou allongé sur son lit, ou même en marchant en pleine nature tranquillement, porter son attention à la respiration, l'amie de tous les instants. Finalement, être le héros de sa vie quotidienne. Le héros qui agit avec des intentions positives pour lui-même et son entourage. Et ça marche. 

Faut-il pratiquer tous les jours, à quel moment de la journée?

Il n'y a pas de meilleur moment dans la journée pour pratiquer. C'est en fonction de chaque enfant, de son ressenti, de ce qu'il vit, des situations qu'il rencontre. En classe, il est bienvenu de commencer la matinée en se recentrant sur sa respiration, cela permet de se poser si on arrive agité ou contrarié. Cela permet d'entrer en contact avec son monde intérieur et sa météo : quel temps fait-il à l'intérieur de soi ? Juste observer ce qui est présent. 

Quels sont les bénéfices de la pleine conscience à 5 ans ? à 10 ans?

Dans les moments de fortes émotions de colère ou de peur, de pensées négatives quand l'enfant se juge ("je suis nulle", "c'est trop difficile", "je suis tout seul"), marquer un Stop ou une pause-respiration, c'est s'ouvrir à la tempête qui s'élève. Se rendre compte de ce qui se joue pour ne pas réagir et nourrir notre loup malveillant envers soi-même ou les autres. Apprendre à nourrir son loup bienveillant, celui qui permet d'être gentil. Pour s'accepter tel qu'on est et mieux vivre avec les autres. 

Cela peut-il aider mon enfant à réussir mieux à l'école ?

Qu'est-ce qui est le plus important pour un parent ? Etre heureux ou réussir ? On pourrait surtout porter son focus sur s'entraîner à être heureux, s'entraîner à s'aimer car c'est difficile de s'apprécier soi-même, s'entraîner à explorer, être curieux, développer ses qualités et son potentiel, plus de gentillesse, de coopération avec ses pairs et les autres. Et ensuite, on pourra parler de "réussir".   Ce mot produit trop de compétition et de concurrence aujourd'hui à l'école. Il est nécessaire d'apprendre à nos enfants à se connaître, savoir qui ils sont afin de pouvoir s'ouvrir aux autres sans peur. Avec confiance. C'est ensemble qu'on peut réussir de beaux challenges. Surtout pas pour soi seul, pour briller devant les autres. 

Cela influe - t- il sur ses relations sociales?

La pleine conscience cultivée avec bienveillance peut permettre à nos enfants d'être plus ouverts aux autres. Et ainsi notre monde peut s'ouvrir à plus d'empathie et de compassion. Cela demande un véritable entraînement comme lorsque nous souhaitons devenir musiciens ou pâtissiers. S'entraîner à vivre, à partager, à écouter l'autre, à sentir ce qui va bien ou moins bien. Etre des humains plus bienveillants les uns envers les autres. 

"Heureux et Détendu" (Marine Locatelli, illustrations d'AKI, Editions Nathan)